La Carretera Australe

Le grand jour est arrivé. Manue récupère aujourd’hui son cadeau d’anniversaire : un formidable van qui nous permettra de descendre jusqu’en Terre de feu.

Nous sommes tous les deux comme des enfants venant de recevoir leur cadeau de Noël. Le van est superbement décoré et on est épaté par son agencement intérieur. Tout y est !
A l’arrière du van, un évier avec une petite pompe manuelle, un réchaud à gaz, une glacière, le nécessaire pour cuisiner et faire le ménage et enfin des rangements pour la nourriture.
A l’intérieur, des rangements énormes pour nos habits qui se transforment de manière astucieuse en lit, en canapé ou en table pour manger confortablement à l’intérieur, protégés du froid et du vent. On sait déjà que ça nous servira !

Mais la Carretera Australe c’est quoi ?
Selon le routard :

« Une route mythique, prolongation de la panaméricaine qui naît en Alaska. Entrecoupée de plusieurs passages en bac ou ferry, la Carretera s’achève à Villa O’Higgins, à la frontière argentine et aux portes de l’immense calotte glaciaire du Campo de Hielo Sur, parcourant ainsi plus de 1200km de paysages incroyables. Voici un périple rêvé pour tous ceux qui ont le goût de l’aventure, car peu de kilomètres sont asphaltés ! Pick-up ou véhicule 4×4 sont plus que conseillés ici et la vitesse moyenne sur les pistes n’est pas très élevée »

Notre van n’a rien d’un pick-up mais on se dit que ça passe partout ces bêtes la !

Le Lonely Planet va un peu plus loin dans les avertissements :

« La Route australe, l’une des plus extrêmes du monde, longe sur 1 240 km rarement goudronnés forêts primaires, glaciers, fermes de pionniers, rivières turquoises et fracas du Pacifique.
Quelques conseils à suivre :

  • Faire réviser le véhicule avant le départ.
  • Bien gérer ses espèces (on croise peu de DAB)
  • Éviter de conduire la nuit, les virages ne sont pas indiqués par des catadioptres.
  • Partir avec des provisions, de l’eau et quelques bidons d’essence. Une panne peut se produire au milieu de nulle part. S’arrêter à chaque station-service pour compléter son plein peut éviter bien des désagréments, la prochaine est parfois très loin.
  • S’assurer de toujours avoir dans son véhicule un neumático de recambio (pneu de secours) et une gata (un cric).
  • S’arrêter si quelqu’un semble en panne ou en difficulté.
  • Laisser de la place aux camions et ne coller personne. De grands tronçons de la Route australe étant gravillonnés, les pare-brise éclatés ne sont pas rares. »

Maintenant que nous sommes prévenus, c’est parti pour l’aventure !

Jour 1 : Puerto Varas – Hornopiren

On saute dans notre van pour aller faire le plein de provisions : nous savons que les ravitaillements sur la Carretera Australe seront rares et chers, nous achetons donc un maximum de nourriture à l’Unimarc de Puerto Montt.
Nous nous rendons également à l’agence de Naviera Australe pour acheter le billet du ferry que nous prendrons le lendemain entre Hornopiren et Caleta Gonzalo. Cette traversée est appelé bi-modale car elle se fait en 2 temps : premier ferry de Hornopiren à Leptepu, ensuite on débarque et disposons de 20min pour parcourir 10km afin de prendre le deuxième ferry jusqu’à Caleta Gonzalo.

Après avoir fait tous nos achats, nous sommes prêts pour parcourir la Carretera australe en toute autonomie. Ou presque. On a oublié d’acheter le gaz pour le réchaud ce qui nous vaudra un petit aller retour de 80km.
Finalement on embarque en fin d’après-midi pour notre premier ferry. Et la traversée du fjord est magnifique, avec des lions de mer sautant comme des dauphins autour du bateau. Quel spectacle et quelle entrée en matière !

Jour 2 : Hornopiren – Caleta Gonzalo

La première nuit passée dans notre van fut très agréable. On a plus été dérangé par les lions de mer que par les voitures ! 😉


On fait le plein d’essence (ça deviendra notre nouveau réflexe) et nous nous présentons pour prendre le ferry bi-modal. On a bien fait de réserver la veille car le ferry est blindé, certaines voitures resteront à quai.

Cette traversée en ferry prend environ 5h et fut l’occasion d’une très belle rencontre : Manue, toujours à l’affût, a entendu que des cyclistes avaient besoin d’aide. En effet, comme je vous l’ai expliqué, la traversée se fait en 2 temps, avec 10km à parcourir en moins de 20min pour prendre le deuxième ferry. Ce qui est mission impossible en vélo ! Nous rencontrons ainsi une famille de Nouvelle-Calédonie, Nicolas, Emmanuelle et leurs 2 enfants de 14 et 11 ans, Lola et Thomas. Ils ont pris une année sabbatique pour parcourir l’Amérique du Sud en vélo. Partis du Pérou, les voilà donc sur la Carretera Australe, avec encore bien 1500km pour arriver à El Chalten. On adore cette famille avec leur 2 tandems et leur philosophie de la vie.

Ayant réussi à trouver un pick-up pour mettre leurs vélos, nous embarquons dans la camionnette 70kg de sacoches (hé oui il y a les livres scolaires à porter !) et Lola et Thomas. On assiste à un véritable Tetris lors du chargement du deuxième ferry. Le bus n’arrive pas à rentrer, et on a l’impression qu’il ne reste plus beaucoup de place pour nous qui sommes les derniers à embarquer. Finalement, sous les regards de tout le bateau, nous nous glissons dans un trou de souris. Fermeture des portes, c’est parti !

Arrivés au débarcadère, nous allons nous défouler un peu en faisant un petit footing dans une forêt avec de belles cascades.
Nous retrouvons le soir la famille de Nouvelle-Calédonie pour manger avec eux. Ils nous donnent bien des idées. Peut être qu’un jour c’est nous qui seront sur les pistes en tandem…

Jour 3 : Caleta Gonzalo – Lago Yelcho

Aujourd’hui, nous avons prévu de faire l’ascension du volcan Chaitén.

En sommeil depuis 10 000 ans, le volcan Chaitén, perché au dessus de la ville du même nom est entré en éruption le 2 mai 2008, à la surprise générale ! Et ce fut un véritable désastre. Si la ville de Chaitén a pu être évacuée à temps, tout a été enseveli sous les coulées de lave et de boue. Durant 2 ans, les zones sinistrées furent formellement interdites d’accès. Depuis, quelques centaines de personnes sont revenues reconstruire leur maison et d’immenses efforts ont été réalisés pour pouvoir réouvrir en 2011 le parc national.

Sept ans plus tard, nous sommes au pied de ce volcan, toujours en activité. On y voit clairement la coulée de lave ayant tout brûlé sur son passage. Rien ne repousse, il ne reste que des troncs d’arbre mort. Stupéfiant.

Nous grimpons durant 3h jusqu’au bord de sa caldeira d’où nous pouvons observer un énorme dôme de lave qui s’est formé à l’intérieur, avec à son sommet de nombreuses fumerolles, signe que le volcan ne s’est pas tout à fait rendormi.

Nous reprenons la route en direction de la ville de Chaitén.
En chemin nous doublons nos amis cyclistes, l’occasion de les encourager une dernière fois.

Nous passons par Santa Barbara, une jolie plage de sable noir avec en fond un volcan-pain de sucre.


Un peu plus loin, nous nous apercevons que la route sert également de piste d’atterrissage pour les avions… Original !

Nous arrivons ensuite très vite à Chaitén. La ville a entièrement été nettoyée et il ne reste plus un signe du désastre de 2008.
Chaitén est le premier village que nous rencontrons depuis notre départ. L’occasion de faire quelques courses, remettre un peu d’essence et prendre des nouvelles de la France. Hé oui car on arrive peut être à Chaitén via une route en gravier, mais il y a la 3G !

Quelques virages plus loin, nous nous posons pour dormir.

Jour 4 : Lago Yelcho – Puyuhapi

Réveil difficile pour Pinocchio (notre van). Il a bien plu cette nuit et nous n’arrivons pas à ressortir de notre emplacement. Nous voyant en difficulté, une voiture s’arrête pour nous aider. Sympa !
On repart sur la Carretera Australe. Aujourd’hui il fait vraiment mauvais, donc nous ne pourrons pas admirer les paysages qui nous entourent. On essaye de les imaginer. La Patagonie c’est ça aussi.

Et par ce temps, quoi de mieux que de pêcher ? Forts de notre première expérience à Bariloche, nous nous reconstruisons une canne à pêche de fortune, dénichons un ver de terre et retentons notre chance, plein d’espoir car c’est ici le paradis de la pêche.

Mais cette fois la chance ne nous sourit pas.
Heureusement nous avions un repas de secours : fondue !!! Oui, nous avons trouvé par pur hasard un fromage qui ressemble à du fromage à fondue. Et c’est réussi, une bien bonne fondue :)

Jour 5 : Puyuhapi – Puerto Cisnes

Le temps ne s’est malheureusement pas amélioré aujourd’hui. Mais nous avons l’agréable surprise de se réveiller en pouvant observer des dauphins nageant dans le fjord.

Nous avons prévu d’aller voir le Ventisquero Colgante, un glacier suspendu. Nous tentons tout de même notre chance.
Après 1h30 de marche, nous arrivons à un point de vue sur le glacier… Et on y voit rien !

Nous sommes pourtant suffisamment proches pour entendre le fracas des chutes de glace.
Nous décidons d’attendre et notre patience paye. Le glacier accepte de se dévoiler un peu pour nous laisser l’admirer. Nous sommes contents !

Nous retournons au van trempés jusqu’aux os. Avec aucun espoir de pouvoir faire sécher quoique que ce soit…

Nous continuons notre route jusqu’au petit village de Puerto Cisnes. Nous longeons le fjord et avons le bonheur de parcourir quelques kilomètres avec 5 dauphins remontant eux aussi le fjord.
On trouve un super emplacement au bord de la plage, avec un reste de feu nous permettant de nous réchauffer et faire griller quelques saucisses.
Fait non négligeable : après 5 jours de douches froides, à base d’eau de ruisseau, nous prenons notre première douche chaude chez une vieille mamie. C’est trop bon…

Nous suivons en direct durant toute la soirée les horreurs du 13 Novembre. Nous sommes choqués, écœurés, tristes, inquiets… Ces événements prennent un sens particulier quand on est aussi loin. Nous aimerions être en France ce soir là.

Jour 6 : Puerto Cisnes – Cohayque

Comme tout français du monde entier, le réveil fut difficile. C’est le ventre noué que nous reprenons la route, cherchant un sens à tout cela.

Nous tombons par hasard sur un rodéo. L’occasion de bien se marrer en compagnie des… 5 autres spectateurs ! Nous mettons un peu de temps à comprendre les règles : 2 cavaliers doivent diriger dans l’arène une vachette effrayée. C’est très impressionnant de voir la maîtrise qu’ils ont de leur cheval.

Apparemment non prévu dans le règlement, la vachette qui se fait la malle :

Maintenant direction la « capitale » : Cohayque. Quelques cascades sur la route (il fait toujours mauvais).

Nous trouvons un coin tranquille près d’un lac au sud de Cohayque. Après la pluie, nous découvrons le vent de Patagonie ! Ça secoue sec dans la camionnette !

Jour 7 : Cohayque – Puerto Rio Tranquilo

Nouveau jour de pluie, décidément la Patagonie est en train de foutre en l’air nos stats. Nous qui en étions à 4 jours de pluie en 5 mois avant d’attaquer cette région…

Nous souhaitons aller aujourd’hui jusqu’à Puerto Rio Tranquilo, soit 170km de route défoncée. Ça va bien nous prendre la journée.

Nous passons par Cerro Castillo, village entouré par des montagnes splendides. Enfin c’est ce qui est écrit sur le guide car nous on est dans le brouillard. On s’arrête pour manger et la chance nous souriant, les pics enneigés se dévoilent petit à petit.

Nous avons maintenant un grand ciel bleu pour la suite de notre route jusqu’à Rio Tranquilo. Nous nous régalons à chaque virage, chaque rivière, chaque nouveau lac… C’est ça la Carretera Australe !

Jour 8 : Puerto Rio Tranquilo – Chile Chico

Dernier jour sur la Carretera Australe. Demain nous passons la frontière argentine.
Nous nous levons une nouvelle fois sous la pluie mais prenons notre courage à 2 mains pour aller faire… du bateau ! Nous souhaitons en effet aller voir les Capilla de marmol, de curieuses roches de marbres creusées par le temps et par la mer. Malgré la pluie nous arrivons à contempler les œuvres de la nature.

On décolle pour Chile Chico, dernière ville avant la frontière argentine. La Carretera nous offre encore quelques beaux paysages.
Un dernier footing et dernier coucher de soleil sur le lac le plus grand du Chili.

Nous avons parcouru plus de 1200km sur cette route, de temps en temps en asphalte, souvent en terre. Nous avons eu la pluie et le beau temps, parfois dans la même demi heure. Nous avons appris que ici il faut 1h pour faire 40km. Nous nous sommes extasiés à chaque virage (quand on y voyait quelque chose).

Bref, nous avons parcouru une route magnifique.

9 reflexions sur “La Carretera Australe

  1. Annepom

    Waou!!! Quel magnifique periple!!! Superbe votre article et vos photos. J’ai rigole au passage sur la vachette qui se fait la malle et vos stats qui sont foutues! :-) Je prends le bateau de Quellon pour Chaiten ce soir. A la traine, comme d’habitude! J’espere reussir a vous recroiser plus au sud! Bonne suite!

  2. Tatid

    Haha j’adore ces 2 phrases là, trop drôles :

    « Après 1h30 de marche, nous arrivons à un point de vue sur le glacier… Et on y voit rien ! ».
    « Apparemment non prévu dans le règlement, la vachette qui se fait la malle ».

  3. Céline

    J’avais pas encore eu le temps de lire ce beau rose trip… et j’avoue je suis fan de la vachette qui se fait la malle !!!! Belle revanche:-) à bientôt

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