Huyana Potosí : 6088 mètres

Un rêve nous est monté à la tête après avoir rencontré des personnes ayant réussi à gravir le Huyana Potosi, un sommet situé en Bolivie culminant à 6088m.

6088 mètres. Je n’avais même pas osé l’imaginer il y a encore quelques semaines. 6088 mètres c’est 1278 mètres de plus que notre référence à tous, le Mont Blanc. C’est 88 mètres au dessus de la barre psychologique des 6000. C’est 88 mètres qui s’avéreront être les plus difficiles de notre vie…

Le récit de notre aventure.

Le Huyana Potosi est réputé pour être un des 6000m les plus accessibles d’Amérique du Sud.
La principale difficulté de cette ascension est de réussir à gérer l’altitude. Afin d’optimiser nos chances de réussite et nous laisser le temps pour s’acclimater, nous avons décidé de le faire en 3 jours.

Jour 1 – Camp de base à 4700m

Nous avons choisi une agence réputée à La Paz, Climbing South America, possédant des guides de haute montagne diplômés et formés par des guides de Chamonix.

Le premier jour nous retrouvons notre guide avec tout le matériel d’alpinisme que nous avions essayé la veille.
Nous partons en voiture de La Paz pour rejoindre le Camp de Base situé (déjà) à 4700m. Nous sommes accompagné de Mike, un suisse allemand qui a pris lui aussi un guide avec la même agence.
Arrivés à 4700m, c’est la chute violente des températures qui nous montre que ça y est, nous sommes en altitude. De plus, le temps n’est pas vraiment clément aujourd’hui.

Après s’être réchauffé autour d’une soupe et d’un mate de coca, nous nous équipons avec notre matériel d’alpinisme afin d’aller pratiquer sur un petit glacier situé à 1h de marche.
Même si nous l’avions déjà fait en France, ce fut une bonne occasion de s’approprier le matériel et de refaire un peu d’escalade sur glace. L’altitude rend déjà l’escalade physiquement bien plus difficile que ce nous avions fait en France.

Marche d’approche

Ice climbing

De retour au camp de base, nous nous reposons et espérons que le temps va s’améliorer.

Jour 2 – Refuge à 5200m

Après une très bonne nuit, nous partons le lendemain vers 9h pour rejoindre un refuge situé à 5200m. Il n’y a que 3-4h de marche mais la difficulté cette fois est de devoir porter tout notre matériel d’alpinisme.

On est chargé comme des mules, nos sacs sont remplis et ça pend de partout !

#nico

Le sommet au dessus de nous est toujours très couvert, mais nous arrivons à profiter du paysage.

Nous sommes les premiers à arriver au refuge. Ce refuge nous rappelle un peu les refuges des Alpes. Il n’y a qu’un très grand dortoir en bois avec des tables au milieu.
Nous passons l’après midi à nous reposer, à jouer aux cartes et à boire du mate de coca.

Manue en profite pour essayer une dernière fois tout l’équipement qu’elle devra enfiler pour l’ascension. On avait l’habitude de « faire l’oignon » au ski de rando (c’est à dire mettre plein de couches) mais là c’est poussé à l’extrême :
– 2 paires de chaussettes
– chaussures d’alpinisme et crampons
– un leggings, un pantalon de rando, un sur-pantalon et des guêtres
– un t-shirt technique, 2 polaires, une doudoune, une deuxième doudoune plus épaisse (et une veste gore tex en option)
– cache cou, cagoule et bonnet
– casque avec frontale
– paire de gants fine et paire de gants épais
– baudrier et corde
– piolet

Voilà ce que ça donne :

Autant vous dire qu’il faut pas avoir envie de pisser !!!

L’après midi passe et nous commençons à nous inquiéter très sérieusement car le temps se dégrade. Le refuge est maintenant entouré de nuages…

A 17h le repas nous est servi. A 18h tout le monde va se coucher car le réveil est prévu à minuit…. Minuit !!!!

Jour 3 – Le premier jour du reste de notre vie

Minuit. Le réveil sonne.
On a pas encore les yeux en face des trous mais on le savait : on avait tout bien préparé notre tas d’affaires à enfiler dans le bon ordre
Le petit déjeuner nous est servi à 00h30.

A 1h, nous sommes prêts.

Nous sortons du refuge et au miracle, le ciel est complètement dégagé !!!
On voit pour la première fois depuis 3 jours notre objectif situé 900m plus haut. Quelle chance incroyable nous avons !!!

Sous la lumière de la lune, nous constituons notre cordée : le guide en premier, Manue en deuxième position, je ferme la marche. Nous ne nous séparerons plus sur le glacier, même pour aller pisser.

Nous commençons l’ascension. Nous marchons d’un pas lent pour ne pas se fatiguer dès les début. L’objectif est de marcher en continu, et de ne s’arrêter que 2-3min toutes les 45minutes.

Après un peu plus d’une heure, une première personne abandonne. L’abandon est très compliqué car étant 2 personnes par cordées (+ le guide), si une personne abandonne cela implique que son compagnon de cordée doit renoncer lui aussi à l’ascension. Cruel.

Nous continuons tranquillement, Manue souffrant de problèmes d’estomac, l’ascension devient très rapidement difficile pour elle. Elle trouve cependant la force de continuer à son rythme, tirant sur la corde de temps en temps pour ralentir le guide. Nous sommes plus lents que les autres cordées mais ce n’est pas grave, le but est d’arriver en haut.

Après quelques pauses, un passage difficile à mi-chemin, nous arrivons au pied du sommet. Nous venons de grimper 800m, c’est déjà fabuleux. Il ne nous reste « plus que » 100m à gravir.

Manue souffre toujours mais s’accroche. Pour ma part je me sens très bien, et pourtant… ces 100m seront l’effort le plus difficile que nous ayons jamais eu à fournir.

L’ascension de ces 100 derniers mètres est plus raide et plus technique qu’avant. Chaque pas devient d’un coup un incroyable effort. Nous nous accrochons mentalement car nous avons le sommet à portée. Nous sommes à plus de 6000m, c’est déjà une réussite en soi mais nous voulons arriver au bout. Nous mettrons plus de 45min pour parcourir ces 100m.. 45min vraiment terribles pour tous les 2 ! Je n’arrête pas de pester, je ne comprends pas comment il est possible que ce soit aussi dur de simplement mettre un pied devant l’autre !

Seul réconfort : le magnifique lever de soleil auquel nous assistons lors de notre ascension. Je crois qu’on arrive quand même à en profiter un peu.

Nous arrivons finalement au sommet avec une sensation tellement étrange… Manue s’assied, les lèvres violettes, les larmes aux yeux. Ca été très dur mais on l’a fait. Nous prenons quelques photos mais je crois que nous ne réalisons pas vraiment où nous sommes.

Nous ne pouvons pas rester longtemps au sommet, nous attaquons donc très rapidement la redescente.
Manue commence a se sentir mieux mais c’est moi qui commence a faiblir.
Même si la descente est bien plus facile, il faut tout de même rester concentrer pour ne pas chuter à cause des crampons.
On profite bien plus des paysages incroyables cette fois :

On arrive au refuge d’altitude pour se reposer un coup, manger une soupe et refaire nos sacs. On doit enchaîner et redescendre toutes nos affaires jusqu’au camp de base à 4700m.
La descente se fait bien. On charge tout dans la voiture et prenons la direction de La Paz, très satisfait de ce que nous avons accompli aujourd’hui, mais en se disant : « Plus jamais !!! » :)

17 reflexions sur “Huyana Potosí : 6088 mètres

  1. Bruno

    Impressionnante ascension!!! Quel courage!!
    Je me souviens des effets de l’altitude à 4900m, alors j’imagine même pas monter une pente enneigée à 6000m!

  2. Aline

    Je suis époustouflée ! bravo de l’avoir fait jusqu’au bout ! ça devait être incroyable… et vous êtes des gros malades 😉 bon alors l’Everest c’est pas pour tout de suite si j’ai bien compris 😉

  3. tipiak

    Paul, ce récit force le respect et l’admiration, ça m’a réellement donné la chaire de poule en vous lisant. Un grand bravo à vous pour cette ascension. Tipiak, à 166 mètres d’altitude.

  4. Arsène

    Merci pour ce récit.
    Maurice HERZOG avait fait un livre de son premier 8000 ; on attend celui de votre 6000, en fait de l’ensemble du séjour d’ailleurs.

  5. Tatid

    CA Y EST ! J’ai rattrapé mon retard…et je termine mon rattrapage par cet article, magique ! BRAVO Paul & Manue, le Mont Blanc vous parait ridicule maintenant 😛 !

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